Lettre de conjoncture n°5 (Septembre 2018)

Lettre de conjoncture n°5 (Septembre 2018)

La croissance peut-elle perdurer ?

Les États-Unis concentrent aujourd’hui l’attention des économistes et ce pour plusieurs raisons. Nous avons déjà longuement commenté la politique commerciale de Monsieur Trump et la guerre acharnée qu’il entend mener contre la Chine, l’Europe et certains autres pays dans l’optique affichée de défendre l’intérêt des américains.

Cette tension commerciale mondiale risque à plus ou moins long terme de ralentir les échanges mondiaux, de réduire le pouvoir d’achat des consommateurs, de freiner les investissements des entreprises et donc par conséquence de réduire le rythme de croissance mondiale. Alors que le Président américain multiplie les discours tonitruants vantant sa politique économique qui selon lui génère un niveau de croissance très élevé aux États-Unis, les marchés s’inquiètent de plus en plus des conséquences de décisions inattendues qui déstabilisent l’équilibre financier mondial.

La crise financière affecte déjà des pays comme la Turquie, l’Argentine et l’Inde où les monnaies ont connu une forte et rapide dévaluation. Le dollar malgré sa récente faiblesse reste le grand gagnant de l’année avec des conséquences pour les exportations américaines qui pourraient contrecarrer l’objectif du Président américain.

Cette hausse du dollar impacte également le cours des matières premières qui s’affaisse depuis plusieurs mois. Cette baisse affecte bien sur les économies des pays producteurs et augmente encore les tensions mondiales. La Turquie est dans une situation tendue mais elle n’est pas la seule ; de nombreux pays émergents sont sensibles au renchérissement du dollar en raison du poids de l’exportation des matières premières pour leur stabilité économique. Leur croissance se trouve, de fait, fragilisée.

Mais le danger qui pèse sur la croissance mondiale vient d’ailleurs. Alors que la planète a les yeux rivés sur Monsieur Trump, aux Etats-Unis, la banque centrale (FED) entend poursuivre sa politique de normalisation monétaire.

Pour rappel, depuis une décennie la FED a enrayé le risque de récession économique en baissant fortement ses taux d’intérêt et en injectant massivement des liquidités dans l’économie. La faible rémunération des placements sans risque résultant de cette volonté de l’ensemble des banques centrales de maintenir des taux bas a eu comme conséquence d’orienter les investisseurs vers des placements plus rémunérateurs bien que plus risqués.

Les marchés actions en ont profité mais il faut également mentionner que les pays émergents ont été les grands bénéficiaires de cet afflux de liquidités. Cette manne financière a permis à de nombreux pays de dégager une forte croissance et d’ainsi augmenter leur PIB par habitant. Cet effet bénéfique a toutefois une contrepartie qui est le niveau d’endettement souvent en dollar des acteurs privés de ces pays. La hausse du dollar crée un déséquilibre financier qui aura un impact sur la croissance de ces pays.

La FED a progressivement entamé son processus de normalisation en réduisant cette politique monétaire accommodante. 2018 marque une étape supplémentaire dans ce processus avec une remontée progressive des taux d’intérêt. Malgré les critiques du Président américain qui considère que cette politique pourrait affecter « l’avantage concurrentiel important » des États-Unis, la Reserve fédérale américaine entend poursuivre son resserrement monétaire ; elle envisage de remonter encore trois à quatre fois ses taux et cela pourrait être mis en application dès septembre. Les raisons de la poursuite de la politique de la FED se trouvent dans des statistiques économiques jugées satisfaisantes comme le marché du travail ou l’investissement des entreprises. Bien que vigilante sur la guerre commerciale ou sur la faible inflation salariale, la banque centrale considère que la situation économique actuelle des États -Unis justifie la normalisation et le retour des taux courts sur des niveaux plus élevés.

Les risques de cette politique ne sont pas uniquement américains. Certes la croissance américaine pourrait décliner et dans un contexte de politique budgétaire tendue, une baisse des recettes ne serait pas vraiment une bonne nouvelle pour le gouvernement Trump.

Plus inquiétant est le risque de rapatriement des capitaux jusque là investis dans les pays émergents à plus fort rendement. Les états et les entreprises qui bénéficiaient jusqu’à présent de cet afflux de capitaux pourraient souffrir et des crises financières pourraient se succéder dans de nombreux pays ayant comme conséquence un risque de déstabilisation politique.

Comme on peut le constater les risques qui pèsent sur la croissance mondiale sont de plus en plus présents et s’ils n’affectent pas encore les marchés soutenus par les bons résultats des entreprises, ils pourraient rapidement inquiéter les opérateurs qui semblent oublier que les resserrements monétaires de la FED ont souvent entraîné les États-Unis dans la récession ce qui n’est pas sans conséquence pour le reste de la planète.

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