Lettre de conjoncture n°6 (Octobre 2018)

Lettre de conjoncture n°6 (Octobre 2018)

Les pays émergents : la corde se tend

La croissance mondiale devrait être proche de 4% en 2018. Cette croissance n’est toutefois pas partagée de façon égalitaire sur la planète. Alors que les Etats-Unis bénéficient d’une dynamique à court terme résultant d’une politique budgétaire expansionniste, certains pays enregistrent un réel affaiblissement de leurs paramètres économiques.

Les risques sur la croissance des pays émergents augmentent. Il faut toutefois noter que le groupe de pays que l’on identifie sous l’appellation de « pays émergents » n’est pas homogène. De fortes disparités apparaissent parmi ces économies en raison de la remontée des prix du baril de pétrole, de la hausse du dollar, des perspectives de durcissement de la politique monétaire de la FED et de la faiblesse de leur monnaie.

Ces facteurs ont entraîné une réduction des entrées de capitaux, une hausse des coûts de financement et des pressions sur les taux de change, qui sont d’autant plus significatives que les paramètres économiques fondamentaux s’affaiblissent ou que le risque politique est élevé.

Du fait principalement d’une offre insuffisante, les prix mondiaux du pétrole ont augmenté fortement depuis le début de l’année. Le Brent est en hausse de 23% depuis le début de l’année, au plus haut depuis quatre ans.

Les anticipations des marchés semblent indiquer que la baisse des capacités au Venezuela et les sanctions imposées par les États-Unis à l’Iran pourraient tirer le prix du baril vers 100$ à plus ou moins long terme soit plus de 20% de progression par rapport au cours actuel. Les pays producteurs voient donc pour certains d’entre eux se concrétiser une manne provenant des exportations d’hydrocarbure.

L’augmentation des prix des carburants a fait monter l’inflation globale dans les pays avancés et les pays émergents.

Dans les pays émergents, l’inflation hors alimentation et énergie est montée aussi, du fait des répercussions de la dépréciation de la monnaie pour certains d’entre eux et des effets secondaires de la hausse des prix des carburants dans d’autres. Les prix des produits de base agricoles ont augmenté légèrement, en raison de la diminution de l’offre excédentaire.

Les banques centrales de grands pays émergents (parmi lesquels l’Argentine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique et la Turquie) ont relevé leur taux directeur, face à la montée de l’inflation et aux pressions sur les taux de change.

Les monnaies de quelques pays émergents se sont dépréciées vivement. Le peso argentin s’est affaibli de plus de 50 % et la lire turque d’environ 40 % en raison de craintes concernant des déséquilibres financiers et économiques. Le réal brésilien s’est déprécié de plus de 15 % en raison d’une reprise plus faible que prévu et de l’incertitude politique. En Afrique du Sud, des données économiques moins bonnes que prévu ont contribué à la dépréciation de 10 % du rand, ce qui a annulé en partie la forte appréciation observée fin 2017 et début 2018.

Les monnaies des plus grands pays émergents d’Asie sont restées plus ou moins à leur niveau de début d’année, avec une dépréciation modeste pour le renminbi.

Les rendements à long terme ont augmenté aussi ces derniers mois, et les écarts de taux se sont généralement creusés.

Les indices boursiers de la plupart des pays émergents ont reculé, en raison, dans certains cas, de craintes concernant des déséquilibres (par exemple, Argentine et Turquie), et, de manière générale, d’une augmentation des risques entourant les perspectives économiques et financières. Les flux de capitaux vers les pays émergents ont reculé depuis le deuxième trimestre après un solide début d’année, avec une hausse des ventes de titres de créance par les non-résidents.

Ce mouvement peut être salutaire car l’afflux d’investissements a engendré des survalorisations de prix d’actifs. Toutefois, l’appréciation de la devise américaine et l’augmentation du coût de refinancement en dollar sont des facteurs de fragilisation financière.

C’est le cas notamment de la plupart des économies sud-américaines et des pays africains ayant émis sur le marché obligataire international, et dont les ratios de solvabilité extérieure (dette extérieure et/ou dette en dollar rapportées aux revenus d’exportation) ont continué d’augmenter malgré le rebond des prix des matières premières. Le repli des investissements pourrait être durable.

Une baisse de l’appétit pour le risque de la part des grands investisseurs internationaux pourrait provoquer des ajustements déstabilisateurs, accélérer l’inversion des flux de capitaux dans certains pays émergents et causer une nouvelle appréciation du dollar, ce qui aurait un effet désastreux pour les pays ayant une dette élevée.

La guerre commerciale à laquelle se livre actuellement les Etats-Unis et la Chine pourrait se révéler très néfaste pour les pays émergents en accentuant le ralentissement de leurs exportations.

De nombreux pays émergents sont aujourd’hui dans une zone de fragilité en raison d’une croissance excessive du crédit.Les niveaux d’endettement ont augmenté rapidement dans les pays émergents et dans les pays à faible revenu au cours des dix dernières années. Les gouvernements de ces Etats doivent faire attention à ce que des politiques monétaires plus restrictives visant à stabiliser la devise ne mettent pas en danger leurs entreprises endettées et leurs fournisseurs.

Les pays émergents représentent un formidable gisement de croissance mondiale dont les entreprises du monde entier devraient profiter à condition de veiller à ce que leur équilibre financier et économique soit préservé, ce qui contribuera également à une plus grande stabilité politique.

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