Lettre de conjoncture n°11 (Mars 2019)

Lettre de conjoncture n°11 (Mars 2019)

L’économie américaine : la fin du rêve américain ?

Les États-Unis dominent économiquement le monde. Ils représentent environ 5% de la population et produisent un quart des richesses de la planète. Bien évidemment toutes les autres économies sont liées à la bonne santé de l’économie américaine. Pour autant celle-ci, qui semble toujours très robuste, pourrait être fragilisée par des mesures de relance dans un contexte déjà marqué par le dynamisme et le plein emploi. Les fondements de la croissance peuvent-ils être remis en cause ?

Comme nous l’avons à plusieurs reprises expliqué, en 2018, les États-Unis ont bénéficié de la réforme fiscale du Président Trump. Celle-ci a, entre autres, été très favorable aux entreprises et a ainsi contribué à stimuler l’investissement. La fiscalité a également permis l’augmentation des marges des sociétés américaines.

En 2019, les entreprises risquent de connaître une année moins favorable avec la hausse des coûts de produits importés (augmentation significative des droits de douane sur de nombreux produits ou matériaux comme l’acier). Ce renchérissement des matières premières aura un effet négatif sur les marges dans certains secteurs.

La consommation des ménages devrait rester solide, grâce à la poursuite de la baisse du taux de chômage (3,7 % en octobre 2018, plus bas depuis cinq décennies). La dépense publique contribuera davantage à la croissance en raison de l’accroissement du budget militaire.

A contrario, l’environnement commercial sera nettement moins porteur. Les désaccords entre l’Amérique et de nombreux partenaires engendrent des représailles.Les exportations, moins compétitives en raison des pressions haussières sur le dollar – dues au resserrement monétaire de la FED –, ralentiront nettement. Les importations ralentissant moins vite – malgré les mesures protectionnistes, en raison de la bonne tenue de la consommation des ménages –, le commerce extérieur pèsera davantage sur la croissance.

Le marché immobilier américain commence maintenant à se remettre de la crise. En effet, les prix repartent à la hausse dans toutes les villes et les tarifs de la moitié des maisons dépassent leurs valeurs d’avant-crise. La crise des subprimes a eu des retombées assez importantes sur les perspectives d’investissement locatif.

Malgré la remontée des prix et des taux d’intérêt, il est possible de remarquer que le niveau de prix du secteur immobilier est encore adapté à un profil moyen. Les personnes peuvent ainsi emprunter à environ 4% sur une trentaine d’années. La hausse des prix peut s’expliquer par la vigueur du marché de l’emploi, la diminution du taux de chômage et du nombre de biens à vendre. Il est important de constater que depuis toujours le marché de l’immobilier et celui de l’emploi aux États-Unis sont interdépendants.

Le déficit public devrait continuer à se creuser en 2019. Alors qu’il s’est fortement accru en 2018 avec la réforme fiscale mise en place par le président Trump (1 400 milliards USD de baisses d’impôts sur 10 ans, soit environ 0,7 % de PIB par an), le déficit continuera de se creuser, malgré le dynamisme de l’économie, en raison de la forte hausse des dépenses publiques. Un plan d’investissement en infrastructures, d’un montant de 200 milliards USD (0,9 % du PIB), selon la première version présentée par le président Trump, pourrait avoir de lourdes conséquences sur le déficit public.

Par conséquent, la dette publique américaine, parmi les plus importantes au monde, restera sur une pente ascendante.Les coupes d’impôts vont coûter 1.500 milliards de dollars au budget américain sur dix ans, dont une partie devrait être compensée, selon l’administration Trump, par les revenus générés par une plus forte croissance.

L’économie américaine vit à crédit. En 2020, le déficit budgétaire des États-Unis devrait dépasser 1.000 milliards de dollars. Après une décennie de taux très bas, la hausse des coûts d’emprunt peut faire apparaître des risques cachés pour l’économie des États-Unis.

Alors que la dette publique des États-Unis représentait moins de 68% du produit intérieur brut en 2008 (source Tradingeconomics), au début de la crise financière, ce ratio s’est hissé à plus de 100% en fin d’année. Et les États-Unis affichent des déficits publics relativement lourds, supérieurs à 4% du PIB depuis 2016.A horizon 2020, le déficit public pourrait ressortir à près de 5%.

Le Bureau du Budget du Congrès (CBO), une agence fédérale, relève qu’avec l’augmentation de la dette et du déficit, “le risque d’une crise budgétaire” aux États-Unis “s’amplifie”. “Il pourrait y avoir un plus grand risque que les investisseurs deviennent réticents à financer les emprunts gouvernementaux à moins qu’ils ne soient rémunérés à de forts taux d’intérêt”. “Si cela arrive, les taux d’intérêt sur la dette fédérale pourraient grimper fortement de façon brutale”, craint le CBO. Le remboursement de la dette pourrait ainsi coûter de plus en plus cher aux citoyens américains.

L’Etat américain n’est pas le seul à avoir eu recours à l’endettement ; dans un contexte de taux bas durables comme nous l’avons connu au cours de la dernière décennie, tous les acteurs de l’économie ont utilisé plus massivement le financement à crédit.

Après des années de faible taux d’emprunt, les sociétés en ont profité pour émettre des titres de créance et trouvé des acheteurs pour ces obligations figurant parmi les rares produits offrant un retour sur investissement rémunérateur.

Selon les économistes de Standard and Poor’s, le montant de la dette des sociétés américaines, arrivant à échéance dans les trois prochaines années, est gérable. Mais à partir de 2022, la moitié de la dette parvenant à échéance sera spéculative, plus vulnérable à un changement de conjoncture et plus difficile à refinancer. Le plus grand risque réside dans le secteur de la vente au détail et dans l’industrie pétrolière et gazière.

Les prêts automobiles et étudiants sont préoccupants même si les volumes sont bien moindres que les prêts immobiliers. Au 30 juin 2018, l’encours de la dette étudiante s’élevait à 1.041 milliards de dollars et environ 11% était en souffrance. La Fed de New York a également lancé un signal d’alarme sur la qualité des prêts automobiles dont l’encours total est de 1.024 milliards de dollars et qui sont accordés à un nombre croissant d’emprunteurs à faible solvabilité.

On se dirige vers un ralentissement sensible de l’économie américaine qui pourrait représenter un risque majeur pour la première économie mondiale lourdement endettée.

Doit-on comprendre que l’accord que Monsieur Trump s’apprêterait à conclure avec le président chinois aurait entre autres contreparties la poursuite du financement par la Chine de la dette américaine ?

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