Lettre de conjoncture n°20 (décembre 2019)

Lettre de conjoncture n°20 (décembre 2019)

  • Posted by octave-fa
  • On 11/12/2019

2019 : Une année de ruptures ?

Encore quelques jours et 2019 laissera la place à 2020. L’heure est au bilan et sur le plan économique et financier l’année 2019 aura été riche en surprises.

L’économie et la politique étant souvent liées, il faut revenir sur les feuilletons qui ont animé les douze derniers mois.

L’économie mondiale étant particulièrement liée à l’évolution des Etats-Unis, il faut dans un premier temps s’intéresser à la conjoncture américaine. Les prévisionnistes étaient loin d’un consensus en début d’année avec un marché du travail au plus haut ; une consommation solide et un marché immobilier stable mais avec la menace d’un commerce extérieur sous la pression de la guerre des taxes lancée par Donald Trump envers la Chine et certains produits européens.

Toute cette année, les discussions se sont poursuivies entre les autorités chinoises et américaines avec leurs lots de bonnes et mauvaises nouvelles. Cet affrontement a eu comme conséquence une contraction des échanges mondiaux et a pesé sur la conjoncture américaine. L’atterrissage de l’économie s’est poursuivi dans le courant de l’été et même si de nombreux indicateurs semblent indiquer que la croissance est toujours là, des indices comme l’ISM du secteur manufacturier est au plus bas depuis 2009, le marché immobilier en repli et l’investissement des entreprises affichant sa plus forte baisse depuis 2015, alimentent les craintes des économistes.

Ce cycle de croissance est anormalement long (début en juillet 2009). Cette expansion de plus de dix ans peut s’expliquer entre autres par une politique monétaire ultra-accommodante et, depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, par des interventions budgétaires exceptionnelles. J Powell, président de la FED connaît depuis le début de l’année une pression du président américain pour renouer avec une phase de baisse des taux et a cédé sans que cette réorientation de la politique monétaire de la FED fasse l’unanimité au sein de l’institution.

L’incertitude augmente aux Etats-Unis quant aux anticipations d’une forte baisse du rythme de croissance suivie d’une récession.

La Chine est l’un des maillons faibles de la conjoncture économique mondiale. Le pays souffre de la guerre commerciale qui l’oppose aux Etats-Unis. La croissance chinoise s’essouffle et est au plus bas depuis 25 ans.

Le gouvernement chinois prend des mesures pour soutenir son économie en baissant la pression fiscale sur les entreprises et en facilitant l’accès aux prêts bancaires pour les PME jusqu’à présent défavorisées par rapport aux grands groupes.

A ce jour économistes et investisseurs du monde entier s’interrogent sur la réalité de la situation économique chinoise qui pourrait être sensiblement plus dégradée que ne l’annoncent les chiffres officiels. Le secteur manufacturier semble être le plus touché par ce ralentissement de croissance. Les exportations, pilier de l’économie du pays sont durement pénalisées par la guerre commerciale. Pour cette raison, le gouvernement chinois souhaite également rééquilibrer son économie en stimulant la consommation intérieure.

L’Europe quant à elle connaît une crise majeure. Les problèmes sont multiples : Brexit, panne de croissance en Allemagne, montée du populisme.

Le Brexit qui a alimenté les commentaires médiatiques toute l’année fait courir un danger inédit au Royaume-Uni et à l’Union Européenne. S’il se concrétise, ce qui n’est pas encore certain, il va plonger cette partie du monde dans un désordre économique et politique difficile à estimer. Les élections du 12 décembre sont à ce jour très incertaines. Ce feuilleton qui s’éternise pèsera probablement encore en 2020 sur les perspectives économiques européennes.

L’Allemagne serait selon certains indicateurs entrée dans une phase de récession technique. Le secteur manufacturier est principalement touché et le gouvernement allemand se trouve face à une situation complexe. Il n’envisage pas de modifier sa politique budgétaire, considérant que le pays n’est pas réellement en crise et que le niveau actuel des investissements publics atteint déjà un niveau record. Certaines simulations montrent en outre que les effets résultant d’une impulsion budgétaire seraient limités pour la relance des autres pays européens. Madame Merkel, actuellement en difficulté au sein de sa coalition, maintient son objectif d’un budget à l’équilibre malgré l’insistance de la BCE et de pays européens partenaires, dont la France.

La France, dans un contexte économique européen chahuté, fait preuve de résistance, sa croissance étant proche du double de celle de l’Allemagne. Pour autant, elle subira également les effets d’un ralentissement mondial et de tensions commerciales pesant sur les échanges internationaux. Les perspectives qui restent plus favorables que pour certains pays européens pourraient faire l’objet de révisions pour l’année 2020 en raison de de cet environnement extérieur plus incertain.

Les récentes mesures prises par la BCE en matière de politique monétaire visant à soutenir la croissance, pourraient ne pas avoir les impacts observés par le passé. En effet, les incertitudes actuelles qui pèsent sur la zone euro sont en grande partie d’origine externe. Le soutien budgétaire par les Etats est donc fortement réclamé par la BCE aux pays qui en ont la possibilité.

La baisse de la croissance mondiale conjuguée à des facteurs géopolitiques d’instabilité crée les conditions pour une poussée nationaliste et populiste un peu partout dans le monde. La réponse donnée par les gouvernements de nombreux pays dans un climat social tendu, consiste souvent à faire porter les fautes sur l’environnement extérieur et à organiser un repli sur soi qui se traduit de différentes façons. Mais les politiques adoptées ont toutes comme conséquence de fragiliser un peu plus l’équilibre économique mondial.

Sur les marchés financiers 2019 aura marqué une rupture. Après une longue période de baisse continue des taux longs (plus de deux ans), on assiste fin août à une remontée, plus particulièrement en Europe. Cette baisse des marchés obligataires est pour partie le résultat de la correction des anticipations négatives un peu excessives quant au cycle économique et à la réponse attendue des banques centrales qui ont provoqué un regain d’intérêt pour les actifs risqués. Suivant cette même logique, les marchés actions ont profité depuis le début de l’automne d’une appréciation consécutive à la remise en cause des scénarii économiques très alarmistes.

Toute l’année 2019 aura connu des ruptures marquées de certaines anticipations : guerre commerciale, Brexit, croissance américaine, marché obligataire, politiques monétaires des banques centrales… Les prévisionnistes ont souvent dû revoir leur copie et nous abordons 2020 avec une absence totale de consensus économique et une visibilité sir le comportement des marchés qui incite à la prudence.

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